Originally published in The Ottawa Citizen January 28, 2003
Original Title : Oh j’aime tellement presser le papier bulle

Le problème de la résistance bactérienne aux antibiotiques demeure une préoccupation majeure de santé publique. La chronique de la semaine dernière a passé en revue plusieurs mesures visant à inverser cette tendance. Pourtant, malgré l’éducation du public, on continue parfois à croire que les antibiotiques élimineront ce rhume ou cette grippe lancinante qui dure toute une semaine. Les infections virales ne s’améliorent pas avec les antibiotiques, mais les infections bactériennes oui.

Il est important de comprendre les différences entre les virus et les bactéries pour apprécier le fonctionnement des antibiotiques.

Une bactérie fonctionne de manière analogue à une maison. Dans les murs protecteurs de la maison résident les machines, les tuyaux, les conduits et les appareils nécessaires au maintien d’un environnement de vie normal.

Au centre de la maison se trouve une table sur laquelle reposent les plans ou les schémas de sa construction et de son entretien. Appelons ces plans « Designs ‘N Architecture » ou DNA.

Assis autour de la table se trouvent les Readers ‘N Administrators ou RNA, l’entrepreneur. Ils vont interpréter les plans afin d’indiquer aux sous-traitants (l’équipe Ribo ou ribosomes) ce qu’ils doivent construire ou réparer. En outre, l’équipe Ribo fabrique les matériaux pour chaque tâche.

Utilisant l’ADN, l’entrepreneur construira des répliques de la maison dans le lotissement. Cependant, supposons que quelqu’un pense à une meilleure façon de construire les murs, souhaite des fenêtres plus efficaces sur le plan énergétique, une chaudière à haut rendement, l’automatisation entre autres changements. L’entrepreneur peut incorporer ces idées dans l’ADN pour améliorer les futures maisons.

En fait, une maison peut partager ses améliorations avec un voisin. Le voisin incorporera ces changements dans l’ADN parce que cela lui confère une plus grande protection et résilience.

Les bactéries utilisent, génétiquement parlant, l’ADN, l’ARN et les ribosomes pour l’aider à réaliser les fonctions de base de maintien de la vie : éliminer les déchets, se nourrir, croître et se reproduire.

Les antibiotiques peuvent exploiter ces fonctions. Ce n’est pas différent que d’endommager une maison. Il existe différents types d’antibiotiques. Chacun empêche la croissance des bactéries (bactériostatique) ou les tue carrément (bactériocide). Le choix de l’antibiotique dépend du type de bactérie infectieuse. Par exemple, la pénicilline guérira le streptocoque de la gorge mais ne fera rien pour éliminer les pneumonies courantes ou les infections de la vessie.

Les antibiotiques agissent en :

  • interférant avec la construction de la paroi, l’affaiblissant. Le système immunitaire peut pénétrer la paroi bactérienne et détruire son contenu, en le faisant littéralement exploser.
  • empêchant l’ARN de lire précisément l’ADN. Ce couac dans la chaîne de montage conduit à des matériaux de construction défectueux ou de qualité inférieure. Les plans tournent mal. Les ribosomes sont incapables d’accomplir leurs tâches.
  • attaquer les ribosomes stoppe toute construction et réparation. Les quelques-uns qui restent ne peuvent pas répondre aux exigences du travail et produisent des murs ou des réparations défectueux.
  • faire des trous dans un mur existant en brisant les barrières de protection. Les anticorps et les cellules spéciales du système immunitaire pénètrent par ces trous en détruisant la bactérie.

Les bactéries peuvent se défendre en fortifiant leurs parois, en empêchant l’antibiotique de se fixer à leurs parois et en produisant des enzymes qui inactivent l’antibiotique. D’autres bactéries résistantes aux antibiotiques peuvent transférer des morceaux de leur ADN à des bactéries moins résistantes. En effet, elles fournissent à leurs frères plus faibles le secret de leur résistance aux antibiotiques.

Les virus sont des centaines ou des milliers de fois plus petits que les bactéries. Ils contiennent les plans pour se reproduire mais n’ont pas la capacité de les réaliser par eux-mêmes. Ils sont les plans assis sur la table entourée de quatre murs ; de simples brins de matériel génétique dans une boîte.

En effet, en ce qui concerne les maladies humaines, ce sont des vagabonds qui cherchent un endroit pour vivre. En insérant leur matériel génétique dans l’ADN d’une cellule humaine, ils prennent le contrôle de ses opérations quotidiennes. Ils détournent la machinerie de la cellule afin de se reproduire. Lorsque la cellule se remplit de particules virales, elle se rompt. Le virus se propage à d’autres cellules et le processus recommence.

Les antibiotiques ne peuvent pas détruire les virus car ils ciblent spécifiquement la machinerie présente dans les bactéries. Comme les virus ne contiennent aucune de ces machineries, l’antibiotique n’a pas de cible à attaquer.

Les médicaments et vaccins antiviraux sont capables de perturber le cycle de reproduction du virus. Ces médicaments ne sont pas des antibiotiques. Les vaccins stimulent le système immunitaire pour produire des anticorps. L’armée d’anticorps va se mobiliser et éradiquer des virus spécifiques avant qu’ils ne causent des dommages.

Les antibiotiques peuvent mettre fin à la douleur et à la souffrance et sauver des vies. Comme pour toute prescription, n’hésitez pas à demander pourquoi ce traitement est indiqué. Votre médecin devrait être prêt à vous fournir la réponse.

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